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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 23 - Décembre 2001
 NETÉCONOMIE : JEUX DE DUPES DANS LES ÉCHANGES DE TÉLÉSERVICES |
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Les réseaux ont une affinité particulière avec l'économie immatérielle. Ils permettent de contourner les frais de douanes, de ne pas payer de taxes sur les transactions, ni de TVA. Les réseaux permettent aussi de faire circuler la valeur ajoutée de telle sorte qu'il est possible de facturer la marge dans le pays fiscalement le plus avantageux. Bref, la netéconomie crée des règles du jeu qui perturbent les échanges économiques les plus courants. Aussi peut-on s'interroger sur le retard pris par les gouvernements sur la taxation du e.commerce. On peut s'interroger de savoir si ces derniers ont bien pris la mesure du problème particulier qui leur est posé lorsque l'on s'aperçoit que les valeurs des échanges marchandises tendent à se stabiliser dans le monde alors que ce n'est pas le cas pour les échanges de services (1).
Rappelons d'abord que les échanges marchandises traditionnels qui résultaient de la rationalisation des activités des groupes internationaux ont plus que doublé depuis 1977 et cru régulièrement ces dernières années, suivant en cela la croissance des échanges internationaux. Partout dans le monde, le personnel diplomatique et les ministres en charge des politiques industrielles et économiques tentent de réduire les déséquilibres de certains échanges marchandises en négociant des redéploiement réguliers entre les différents pays avec qui ils commercent. Mais si les échanges marchandises permettaient encore de répartir le travail entre les pays, les échanges de services (assurances, banques, industries logiciels et des savoirs) ne fonctionnent pas de la même façon. L'entreprise de services internationale qui prend le leadership sur un marché voit son résultat bénéficier à ses actionnaires, fait travailler des locaux, mais elle ne peut, sinon très exceptionnellement, contribuer à équilibrer des équivalents flux marchandises.
Il semble en effet bien illusoire d'imaginer pouvoir négocier des rééquilibrages d'échanges de services compte tenu des déséquilibres structurels dûs à la netéconomie. Les grands serveurs de services attirent les demandes solvables vers le pays offreur. Dans la netéconomie, c'est le pays « importateur de la demande » qui en offrant un service à haute valeur ajoutée importera aussi des devises en exportant son service. Il se trouve encore des responsables pour se demander pourquoi Internet est gratuit !? N'ont-ils pas noté que les autoroutes de l'information appartiennent de façon écrasante aux firmes américaines. Ce pays bénéficie déjà des taxes et rémunérations liées aux télécommunications entrantes et ses entreprises de services à distance reçoivent les règlements des cyber-consommateurs européens pour accéder à leurs serveurs de services. Une stratégie à l'évidence intéressante pour les futurs grands du e.learning et les grands réseaux des universités qui s'associeront avec certains de ces réseaux pour augmenter leur revenus et leur notoriété.
Cette stratégie est également suivie par les grandes plates-formes de services en ligne. L'intérêt de Microsoft et autres opérateurs pour des services intégrés de type « bureaux virtuels », n'est qu'une faible illustration du déplacement des stratégies conduites à partir des Etats-Unis qui dominent largement la netéconomie dans le monde. En 2002, les ventes sur Internet devraient atteindre 400 milliards de $ (plus de 430 milliards d'euros ou 2800 milliards de F). Ce qui veut dire qu'Internet devrait dépasser la vente par correspondance par voie postale l'an prochain. En 2001, ce montant représentera 4% du PNB français soit 1300 euros ou 9000 F par habitant. Combien de temps encore les européens attendront_ils avant de s'interroger sur l'hégémonie du « téléchargement » américain proposé à des coûts imbattables ?
(1 : Pour en savoir plus : Réseaux productions trans-frontières, OCDE, décembre 93

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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 22 - Septembre 2001
 LA COMPÉTITIVITÉ PAR LE MODÈLE ORGANISATIONNEL |
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Les entreprises multiplient les partenariats. Ce faisant elles gagnent en efficacité et en flexibilité en créant des chaînes de valeurs originales globalement plus productives. Depuis 1992, les marges gagnées aux Etats-Unis l'ont été par l'alliance d'entreprises : c'est là que se trouvent les gisements de productivité promis par les investissements informatiques que tout le monde cherchait. Conséquence : les entreprises doivent sortir d'une logique économique classique et faire appel les unes aux autres pour se développer, s'appuyer sur des réseaux pour multiplier les partenariats. Elles doivent devenir « plug and play » !
Les fusions fortement médiatisées masquent un phénomène structurel, profond, de « dé-massification » des entreprises : la taille moyenne des entreprises américaines s'est réduite d'environ 20% (downsizing) durant la dernière décennie. Selon les consultants en stratégie, si la taille critique varie selon les industries, une taille et surtout une diversification trop importante, c'est-à-dire un portefeuille d'activités trop varié, deviennent vite des handicaps. Jean Estin, ancien président Europe de Mercer Management Consulting, dans un article « A quoi donc servent les fusions ? » (L'Expansion Management Review, juin 1999), met le doigt sur le fait que les activités filières comme la confection n'arrivent pas à créer de la valeur en se concentrant mais bien en rénovant leur chaîne de la valeur. En diminuant de façon spectaculaire le coût des transactions entre acteurs économiques les réseaux de télécommunications autorisent des combinaisons imaginatives qui sont autant de possibilités d'inventer des co-entreprises interconnectées, des modèles économiques originaux créateurs de valeur. Des milliers d'entreprises entreprennent de collaborer afin d'améliorer leur rentabilité globale. Le plus souvent en réinventant leur « business design » traditionnel.
Caractérisées par une forte interdépendance, les entreprises modernes se constituent en communautés virtuelles professionnelles. Deux chefs d'entreprises sur cinq dans le monde considèrent qu'ils devront s'organiser en entreprise virtuelle d'ici à 2010. Ils sont 52% à considérer que l'externalisation sera un facteur clé de réussite de leur entreprise. Ils sont 36% à penser que cette réussite passe par des alliances et 57% par des joints ventures. C'est ainsi que First-e, la première banque pan-européenne en ligne propose un ensemble de prestations dont une bonne partie est issue d'une organisation économique virtuelle particulière associant plusieurs établissements. Les prestations bancaires sont réalisées par la Banque d'Escompte Française, les services complémentaires comme le crédit immobilier, la vente et la gestion de sicav, les assurances, sont sous-traités par appel d'offres à des sociétés indépendantes considérées comme les meilleures dans leurs catégories. Les réseaux électroniques ne se contentent pas de transformer des chaînes de la valeur, ils facilitent la rupture des modèles. Un point d'inflexion stratégique se constitue cette fois-ci, non pas dans l'arrivée d'un service ou d'un produit révolutionnaire, mais par des innovations organisationnelles rendues possibles par les réseaux électroniques.
Le levier stratégique se trouve désormais dans la capacité à déstabiliser le modèle existant en y substituant le sien. C'est ainsi qu'une équipe de MacKinsey à New York et Boston, qui détaille les améliorations importantes des performances dues à ce type de restructurations, conclue que l'innovation organisationnelle est devenue un moteur majeur de la création de valeur. Elle prend tellement d'importance que les marchés financiers ne manquent jamais de saluer toute initiative intelligente. Elle a été à l'origine des plus fortes créations de valeur boursière car, selon le cabinet Mercer Management Consulting, elles ont su se développer sur la base de concepts innovants. L'introduction en Bourse d'Ariba, en juin 1999, partie de 23 dollars pour grimper en quelques heures à 90 dollars, soit près de 300% de hausse, illustre l'importance qu'accorde le milieu financier aux modèles économiques qui lui paraissent les plus astucieux, les plus intéressants. Au lieu de facturer ses licences logiciels en fonction de l'importance du parc utilisateur, Ariba, société californienne de logiciels, fixe son prix sur la base de la consommation réelle. Elle calcule la facturation selon le nombre de télétransactions annuelles effectuées sur son système. Elle était valorisée à la mi-99 à trois milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 16 millions pour la seule raison que ses dirigeants avaient su innover dans un modèle économique et organisationnel considéré comme original.
Lorsque les Japonais enfoncèrent le marché américain face au trois grands de l'industrie US qu'étaient Général Motors, Ford et Chrysler, ce sont leurs organisations de la fabrication (juste-à-temps, autonomie et flexibilité des tâches) qui firent la différence. Les entreprises sont confrontées bel et bien à une nouvelle façon de penser la création de richesses. Aussi le développement des co-entreprises « plug and play », flexibles et agiles, capables de s'interconnecter à la demande et qui chassent en meute sur les marchés nationaux et internationaux leur donnera du fil à retordre. Si la maîtrise technologique reste indispensable, dans bien des cas, la perte d'une position stratégique par manque d'innovation organisationnelle est bien plus grave. Aussi, aujourd'hui, chaque chef d'entreprise doit se poser cette question : « Sommes-nous prêt à la compétition par les modèles organisationnels ?! »

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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 21 - Mai 2001
 LA NETÉCONOMIE VA BIEN - ET VOUS !? |
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Contrairement au climat défaitiste de ces derniers mois, la netéconomie se porte bien. Les sévères restructurations des modèles économiques du e.business ne devraient surprendre personne. Il n'était pas difficile d'observer durant ces deux dernières années que la capitalisation boursière des start-up des netcompanies pesait plus que le montant de leurs chiffres d'affaires et moins que leurs déficits cumulés. Leurs valeurs étaient très spéculatives : un petit porteur gardait les titres classiques environ trente mois en moyenne contre six jours pour des actions comme celles d'Amazon.com. Nombre de ces sociétés reposant entièrement sur Internet, souffrant de faiblesses logistiques, de crédibilité opérationnelle et n'offrant que de faibles avantages distinctifs a subit de graves déconvenues, qui s'en étonne ?! La concurrence entre modèles économiques s'exacerbe. Il s'agit de trouver le modèle qui tue. A l'heure de la « vitesse internet », le processus schumpéterien création/destruction s'accélère pour les netentreprises. Les valeurs sûres que sont les entreprises disposant déjà d'un fond de commerce et de réelles compétences pour procéder au virage de la netéconomie sont les mieux à même de tirer leur épingle du jeu. Les modèles économiques faiblement différenciés se sont fait rattraper par des résultats inconsistants. Plus des deux tiers des lancements actuels sont obligés de revoir leur copie et leurs stratégies : une bonne majorité n'y résistera pas. Mais que les rieurs se calment, ce sera vrai aussi des entreprises traditionnelles qui n'auront pas su s'adapter.
Les travaux du « Center for Research in Electronic Commerce » (CREC) de l'Université du Texas à Austin [1] démontrent que la netéconomie, même en crise, ne se porte pas si mal. Aux Etats-Unis, trois millions de salariés sont directement impliqués dans la netéconomie. A la mi-2000, les entreprises lancées dans la netéconomie ont crée 600 000 nouveaux emplois et un chiffre d'affaires de 830 milliards de dollars, soit une croissance de 58% par rapport à la période précédente. La phase actuelle de solidification de la netéconomie se traduit soit par la fusion soit par la disparition de quelques milliers de cyber-entreprises dont les modèles n'ont pas résisté aux réalités des marchés. Malgré les conséquences désastreuses de certains échecs, malgré l'éclatement de la bulle spéculative des actions de certains grands noms, ce sont moins de 10% des effectifs qui seront concernés par la restructuration en cours de la netéconomie aux USA. Le grand spectacle qui nous a été donné ces derniers mois par la netéconomie masque le fait que « les gros poissons ne dirigent pas la mare ». L'étude réalisée par le CREC en 1999 montrait que les dix premières entreprises ne représentaient que 27% des revenus [2]. Comme dans le reste de l'économie, les grandes entreprises jouent certes un rôle, mais la plus grande part de la croissance économique et de la création d'emplois provient des PME. Aussi l'implication croissante des petites entreprises dans la netéconomie est un premier gage qu'elle reste, en dehors de son caractère uniquement spéculatif, une valeur sûre.
Les déficiences actuelles d'acteurs en vue de la netéconomie n'affectent en rien les fondamentaux de la création de richesse qui se sont mis en place. Après 25 ans de récession, nous sommes entrés dans un contexte économique florissant, garantissant une croissance durable de l'économie mondiale dont profitera tout particulièrement l'Europe dans la décennie à venir [3]. Cette croissance est essentiellement due aux mécanismes bien connus des échanges qui explosent bénéficiant du double avantage de leur dématérialisation croissante et de l'effet « plug and play » d'Internet. Mais cette croissance n'est pas due au développement du commerce électronique (ou VPC électronique entre entreprises et vers les particuliers). Il n'apporte qu'une contribution marginale à l'économie estimée à moins de 2% pour les deux dernières années [4]. En réalité, la Netéconomie est tirée par la progression des gains de productivité et d'efficacité globale entre les acteurs économiques. L'économie traditionnelle en se virtualisant grâce aux télécommunications bénéficie d'une formidable baisse des coûts de transactions qui favorise la diminution de la taille des organisations et facilite les échanges entre elles. La netéconomie permet d'une part de formidables gains de productivité collectifs [5] et offre d'autre part la possibilité de faire des affaires et d'innover dans des produits et des services en ligne à plusieurs partenaires [6]. Nous entrons dans une économie collaborative entre communautés professionnelles pouvant inclure les clients afin de gagner en efficacité. Ce qui donne lieu à une inventivité croissante dans les modes d'organisations interentreprises (co-production, co-développement, co-commercialisation) pour dégager de la valeur en limitant les investissements lourds, l'immobilisation des stocks (y compris du stock travail) et les frais fixes. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la forte croissance des pays engagés dans le siècle de l'économie en réseau.
Dans les dix années à venir, de l'Asie à l'Afrique en passant par les pays d'Amérique du Sud, tous ceux qui ont compris le rôle des télécommunications dans le développement économique durable vont se « brancher » sur Internet. Plus d'un milliard de personnes et des millions d'entreprises seront en ligne sur Internet avant la fin de cette décennie. En parallèle, nous assistons à une formidable croissance de grappes d'entreprises qui s'allient entre-elles pour améliorer leur productivité et la création de valeur conjuguée : les méta-organisations. Ces méta-organisations s'appuient sur les partenariats pour leur développement en pratiquant une politique de subsidiarité des différents maillons de leur chaîne de la valeur. Résultat, la croissance économique due aux développements des applications des intranets et des extranets professionnels sera supérieure à celle du commerce électronique. Aussi, on ne saurait confondre les déboires de la Bourse et les tendances de fond de l'économie réelle qu'est devenue la netéconomie - qui va bien, merci.
[1] : « Center for Research in Electronic Commerce » University of Texas in Austin [2] : On peut voir sur notre site eurotechnopolis.com les conclusions d'une analyse complémentaire de la productivité des entreprises sur Internet (University of Texas, "Measuring the Internet Economy", June 6, 2000) [3] : Voir les données du Centre de Prévision N°89 de l'Expansion de janvier 2000 [4] : « Votre Entreprise et l'e.commerce », Expansion Management Review de décembre 99, par Pierre Emmanuel Beau, Jean Bourdariat, Gérard Martin et Xavier Metz. [5] : Les gains de productivité sur des transactions peuvent dépasser 1000%. Notons aussi la hausse historique de 5% de la productivité américaine au quatrième trimestre 99 et de 2,9% sur l'ensemble de l'année. [6] : On voit ainsi Egg.com, banque anglaise en ligne, gagner 500 000 clients en six mois en 1999 grâce à du co-branding avec différents partenaires assureurs, voyagistes, etc...

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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 20 - Avril 2001
 LES PROXYNAUTES ET LES TÉLÉNAUTES |
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Einstein disait qu'il s'intéressait au futur « parce que c'est là qu'il allait passer le reste de sa vie ». Mais tout le monde ne s'intéresse pas au futur. Pourtant, il nous arrive dessus à une vitesse grandissante ! Car, on l'aura noté, la netéconomie est une économie de l'anticipation. Les réunions de Seattle, pour l'OMC, et de Davos récemment, montrent bien que les gens ne se préparent pas au futur mais, pire, qu'ils en ont peur. Peur des autres, de l'inconnu, des technologies et surtout peur d'une mondialisation facilitée par la virtualisation de l'économie et des organisations. Notre société traverse une période de changements de grandes envergures. Mais à la manière de Mark Twain, parlant du futur : « Si cette société est favorable au progrès, c'est contre le changement qu'elle se bat ! ». Notre futur est handicapé par un déficit pédagogique considérable. Nombre de nos concitoyens et de nos politiques ne comprennent pas ce qui est en train de se passer alors que les cyberésistants occupent la scène médiatique.
Dans notre monde vivent deux tribus qui passent leur temps à se chamailler : les proxynautes et les télénautes. Les proxynautes ne cessent de se plaindre que leurs hôpitaux sont trop chers, les internes et les infirmières mal payés, qu'ils ont trop de médecins. Leurs élus sans cesse cherchent des fonds pour subventionner leur santé nationale si mal en point. On y parle de la création de quotas pour réduire le nombre de médecins et d'hôpitaux afin de réduire les dépenses de santé. La tribu des télénautes a fait le même constat. Puis elle a entamé une campagne de commercialisation internationale pour vendre ses compétences dans le secteur de la santé. Leurs meilleurs chirurgiens, leurs plus grands professeurs en matière de traitement du cancer de la prostate ou du traitement de la vue sont proposés partout où cela est possible. Les clients ne tardèrent pas à arriver de tous les coins du monde au point que 60% des hospitalisations sont des patients venus du monde entier à l'exemple de l'hôpital de Baltimore en Arizona.
Les proxynautes ne cessent de récriminer sur les insuffisances de leurs écoles, de leurs centres de formation, du manque d'effectifs et de moyens. Les impôts augmentent régulièrement pour financer un nombre croissant d'intervenants et de types de formation. L'idée d'amortir les coûts de l'enseignement sur la base d'une assiette autre que locale est jugée hérétique par la tribu qui veut maîtriser tous les savoirs du monde. La tribu des télénautes a fait le même constat. Elle a décidé de gagner des devises en fournissant des services de formation à distance et en exportant une partie des savoirs de ses meilleures écoles. Pour cela, les télénautes ont développé des plates-formes de formation coopérative associant des entreprises et des centres de formation organisés en réseaux. Ils proposent aux marchés distants des compétences spécialisées afin de gagner des devises, au grand bénéfice de leurs écoles, à l'exemple du Centre de Ploufergan en Bretagne pour aider au développement d'Haïti en matière d'élevage de porcs.
Les mêmes proxynautes se plaignent du chômage dans leur village. Ils ont peur et parlent de « la fin du travail ». Dans les rues leurs chômeurs manifestent afin de prendre un peu du travail du voisin soit sous la forme de partage du travail, soit sous la forme de partage de la richesse créée par ceux qui travaillent. Leur tribu est une citadelle assiégée par les tribus du voisinage avec qui d'ailleurs ils réduisent leurs échanges au minimum par crainte de la concurrence. Ils parlent volontiers d'exception culturelle pour mieux dénier celle des autres. Les télénautes, de leur côté font des affaires en travaillant avec leurs voisins mais aussi d'autres télénautes avec qui ils multiplient la co-écriture, le co-développement durable, la co-production, la co-distribution ou la co-commercialisation. Créant ainsi des courants d'affaires nouveaux, des communautés partageant les mêmes valeurs et des centres d'intérêts propices à nouvelles formes de création de richesses et d'emplois.
Les télénautes multiplient les contacts avec la planète entière pour proposer leurs services. Ce sont d'anciennes tribus de proxynautes qui ont compris que la solidarité et l'intelligence partagée relevaient d'une culture de l'échange pour mieux répartir la richesse créée avec d'autres tribus. Chacun propose ce qu'il fait le mieux et le moins cher en se spécialisant si nécessaire avec d'autres partenaires télénautes. Ainsi, la Snecma et Pratt & Whitney, associant leurs ressources et leurs savoir-faire vont développer ensemble un nouveau moteur-fusée. La Snecma sera leader commercial pour l'Europe, son partenaire jouera le même rôle Outre-Atlantique.
De tous les problèmes nouveaux auxquels doivent faire face les jeunes générations aucun ne me paraît plus important que celui posé par la fin des territoires et des frontières. Elles doivent désormais faire cohabiter le local et le distant, le « proxy » et le « télé ». Aujourd'hui la défense des patrimoines des peuples est moins celle des manufactures et d'un territoire que celle de la matière grise qui constitue le fondement d'une industrie, d'une agriculture ou de services incorporant de plus en plus de savoir et d'intelligence. Notre capital étant devenu immatériel, il est devenu impossible de développer cette économie immatérielle sans s'appuyer sur les réseaux d'échanges. Dans tous les cas, ceux d'entre eux qui sauront le mieux faire cohabiter le « Proxy » et le « Télé », sans les opposer sans cesse, seront culturellement les mieux armés pour pratiquer et développer les échanges d'idées et d'affaires qui s'appuient désormais sur les réseaux électroniques du 21ème siècle.

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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 19 - Février 2001
 L'ART DE SE FAIRE DES CLIENTS (IN)FIDÈLES |
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L'homme entre dans la boutique de vente de téléphones portables. Tout sourire, un vendeur vient à sa rencontre. Le visiteur, « Bonjour, mon portable vieillit mal, la batterie se vide anormalement vite, j'envisage de le changer pour une version plus récente ». « Bien sûr », répond le vendeur qui s'enquiert de la marque et du modèle souhaité. « C'est combien ? » demande l'acheteur. « Trois mille francs avec un abonnement » - « Non, cela ne sera pas nécessaire, je suis déjà abonné. » - « Alors cela vous coûtera cinq mille francs. » - « Pardon ! » sursaute le visiteur - « Oui, si vous souhaitez obtenir ce rabais de deux mille francs vous n'avez pas d'autres solutions que de vous désabonner puis de vous réabonner ».
« Mais cela voudrait dire que je dois refaire toutes mes cartes de visites, mon papier à lettre, avertir mes correspondants habituels !? C'est une drôle de façon de remercier les clients fidèles ! » - Le vendeur, imperturbable, opine du chef, « C'est tout à fait cela, les opérateurs se plaignent de l'infidélité de leurs clients, mais ils ne font rien pour l'empêcher ». Le client, perplexe scrute le portable qu'il pensait pouvoir acheter. Il sort son ancien modèle de sa poche et observe, « Le système de branchement "main libre" pour ma voiture n'a pas l'air identique ? Fournissez vous un adaptateur ? » - « Non Monsieur, le constructeur ne l'a pas prévu ! » - Le client s'énerve, le ton monte. « Voulez-vous dire que je vais devoir changer l'installation d'y il a un an et demi, et faire installer un nouveau système "main libre" dans ma voiture pour plus de deux mille francs supplémentaires !? ». « Hélas, Monsieur, vous ne pourrez faire autrement. » répondit le vendeur compatissant. « Mais c'est de la vente forcée, de l'escroquerie », s'insurge l'homme qui lui rend le portable objet de son intérêt. « Bien, laissez tomber, je garde mon ancien modèle. Vendez-moi, une batterie de rechange pour mon portable »... « Désolé, Monsieur, nous n'en avons plus en stock. » - « Quand en aurez-vous ? » - « Je ne sais pas Monsieur, si vous le pouvez, repassez la semaine prochaine ».
Durant l'heure qui suivit et dans six boutiques identiques se tint la même conversation qui aboutit chaque fois à la même conclusion. A la dernière, l'homme s'approcha du vendeur et lui demanda, en montrant son portable, « Combien coûte cette batterie ? » - « Entre 400 et 500FF » répondit ce dernier. « En avez-vous en stock ? ». Devant la réponse négative du vendeur, l'acheteur, désignant un mobicarte de la marque de son portable, demanda « Pourriez vous me vendre ce portable ? ». « Bien sur, cela vous coûtera 550FF ». « OK, je vous le prends » décida l'homme qui s'empara du paquet que le vendeur s'apprêtait à emballer. Il ouvrit la boite, déchira l'emballage plastique, dégagea le portable, en enleva la batterie qu'il installa sans difficulté dans le logement de son ancien appareil. Puis ayant réglé son achat, il jeta le reste de la boite avec l'appareil dans la poubelle du magasin.

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La Lettre d'Eurotechnopolis N° 18 - Janvier 2001
 LE VRAI CYBERCRIME EST SILENCIEUX |
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Les relais de presse s'attardent volontiers bruyamment sur les dégâts du cybercrime. Les cyberpirates sont les aventuriers de cette nouvelle conquête de l'Ouest qu'est le cybercontinent. L'appât du gain autant que le goût du jeu et du défi animent la plupart des artistes ou des bandits de grands chemins qui se promènent sur le Net. Mais le vrai problème posé par le cybercrime, c'est l'espionnage ou la capture des données du concurrent sans attirer l'attention de quiconque. Pouvoir consulter les comptes clients d'une entreprise en se faisant passer pour un membre du personnel sans se faire remarquer est le véritable art du gentleman cybercambrioleur. Les récits d'attaques massives ou spectaculaires d'un serveur, de "crackage" d'un passe fortement crypté sont des gamineries à coté de l'intrusion furtive. Si le risque d'une cyber-attaque reste réel et possible, les visites discrètes de données sensibles d'une entreprise ainsi que l'introduction d'un mouchard dans son réseau sont tout aussi plausibles. C'est moins spectaculaire, c'est plus utile et bien sûr plus dangereux.
L'espionnage auquel se livrent des firmes par la mise en place de mouchards n'émet ni virus ni alertes sur votre système s'il dispose d'un simple anti-virus. Pour avoir une idée concrète de cet espionnage intrusif dans votre micro-ordinateur faites l'expérience suivante. Consultez un service de test d'intrusion comme http://grc.com ou différemment procurez-vous une "pare feu" ou "firewall" du commerce. Après l'avoir installé sur son PC, l'utilisateur comptera le nombre de fois où sa protection émet une alarme de tentative de pénétration par un "cheval de Troie". Nous ne doutons pas qu'il ait des sueurs froides après quelques jours. Il prendra alors conscience du nombre de fois où son ordinateur a été visité à son insu en découvrant l'efficacité des "chevaux de Troie", ces petits programmes qui pénètrent l'ordinateur s'installent en silence sur le disque dur sans altérer quoi que ce soit. Backdoor/SubSeven, Hack 'A' Tack ou Back Orifice 2000 tentent de pénétrer le PC sur des ports inutilisés lors des sessions sur le web. A l'occasion d'une connexion sur le web, ils vont aller renseigner son expéditeur sur vos habitudes, les logiciels que vous utilisez, les sites que vous visitez et offrir au pirate la possibilité, si nécessaire, de récupérer à votre insu une copie des dossiers sensibles.
Même si l'exercice est plus complexe pour les tentatives d'intrusion d'un système informatique d'entreprise cela n'a rien d'impossible. Selon une étude de l'American Society for Industrial Society (ASIS), 50% des mille plus importantes sociétés américaines ont fait l'objet d'intrusions dans leurs bases. Lorsque l'on constate l'inconscience des directions et des personnels à propos de la sécurité que l'on qualifiera d'ordinaire (intrusions physiques facilitant les vols ou indiscrétions irresponsables) pourquoi la sécurité informatique serait-elle significativement supérieure ? Pratiquement personne dans un service informatique et encore moins dans le personnel de l'entreprise n'est capable aujourd'hui de décrire la différence existant entre les différentes informations classifiées. Il est curieux de noter que la notion de la valeur stratégique de l'information n'apparaîtra réellement au début des années 90 que suite à des tentatives d'intrusions des bases d'informations par des escrocs. La mésaventure d'un cadre d'IBM à qui la Mafia coupa un doigt pour une tentative d'intrusion dans une base d'information frappe plus les esprits que les opérations de cyberespionnage, qui on s'en doute, ne font pas de bruit, et pour cause ! C'est leur but.
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